Thomas Vinterberg dirige Mads Mikkelsen dans un film à boire

  • Dans « Drunk », un groupe de profs de lycée s’imbibe consciencieusement pour tenter une expérience.
  • Mads Mikkelsen lève le coude dans cette tragicomédie pour laquelle il retrouve le réalisateur de « La Chasse ».
  • D’abord présenté comme une ode à l’ivresse, le film ne cache pas les effets dévastateurs que peut avoir l’alcool.

Thomas Vinterberg à un sens de la fête bien à lui. Et peu respecteux de la distanciation sociale et des gestes barrières en cette période de Covid-19. Déjà dans Festen (1998) qui ressort en salle ce mercredi, le réalisateur danois filmait une réunion familiale interrompue par la révélation d’un secret de famille et se terminant en bataille rangée ! Drunk, son nouveau film labélisé Cannes 2020, prouve qu’il ne s’est pas assagi, tant s’en faut.

Il entraîne cette fois un groupe de copains parmi lesquels on reconnaît Mads Mikkelsen qu’il avait dirigé pour La Chasse,
Magnus Millang et
Thomas Bo Larsen, dans un festival de beuveries proprement ahurissant. Ces messieurs vieillissants espèrent retrouver l’énergie de leurs 20 ans grâce à la bouteille et se trompent bien évidemment totalement. « Je voulais faire un film où la boisson serait sur le devant de ma scène, un peu comme un personnage », confie Thomas Vinterberg à 20 Minutes.

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La beuverie scientifique

Les héros, profs de lycée mal dans leur peau, décident de tester la théorie du psychologue Finn Skarderud, prétendant que les hommes naissent avec un déficit d’alcool dans le sang. Soucieux de le combler, ils se lancent le défi de picoler comme des trous. Le spectateur peut suivre l’évolution de leur niveau d’alcoolémie grâce à des intertitres car ces braves gens, qui ne sont pas là pour rigoler, lèvent le coude de façon scientifique. « Drunk est pensé comme un hommage à la vie », insiste le réalisateur. Et la joie avec laquelle ses héros se lancent dans l’aventure est communicative. Pour un peu, on se dirait qu’on se lancerait bien le même défi qu’eux, une fois la projection terminée.

La beuverie euphorique

Car cela commencent plutôt bien pour les cobayes alcoolisés. Le professeur d’histoire joué par Mads Mikkelsen fait de nouveau vibrer ses élèves et leur cite les grands hommes (Hemingway, Churchill) adeptes de la picole, tandis que son collègue conseille à un gamin paniqué par les examens de boire un petit coup pour se détendre. « Nous connaissons tous le sentiment de l’espace qui s’agrandit, de la conversation qui prend de l’ampleur, et des problèmes qui disparaissent à mesure que l’on boit de l’alcool », explique Thomas Vinterberg. Une suite de vignettes montrant des hommes politiques – de Nicolas Sarkozy à Bill Clinton – apparemment imbibés confirme que l’alcool peut-être rigolo. De quoi donner envie de se verser un petit remontant pour trinquer entre amis.

La beuverie tragique

Hélas, comme dans Festen, la fête vire à l’aigre quand les potes ne peuvent contrôler leurs actes. La gueule de bois est douloureuse pour ces hommes qui ont tenté de fuir leur dépression. « Si le film est une forme de célébration de l’ivresse, il est évidemment aussi un portrait lucide de ses effets dévastateurs. L’excès d’alcool tue, et détruit des vies », insiste Thomas Vinterberg. Entre celui qui fait pipi dans le lit conjugal et celui qui ne se relèvera pas après l’expérience, les conséquences vont du tragi-comiques au tragique tout court. Est-ce pour exorciser la mort de sa fille
disparue dans un accident en mai 2019 que Thomas Vinterbeg signe cette œuvre joyeusement désespérée ? On en ressort avec l’amertume des lendemains de fête, la tête à l’envers et le cœur brisé.

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