Un condé : pourquoi ce film a-t-il failli être interdit ?

Tandis que Arte diffuse "Un condé" de Yves Boisset lundi 4 octobre, retour sur un film sorti en 1970 qui a bien failli ne jamais voir le jour. Mais au fait, pourquoi ?

C’est un film qui a bien failli rester dans l’ombre. En 1970, Yves Boisset sortait au cinéma Un condé, son troisième film, qui narre l’histoire d’un policier, incarné par Michel Bouquet, qui cherche à venger la mort de son ami et collègue, abattu alors qu’il enquêtait sur une affaire de drogue. Et ce, quitte à enfreindre la loi. Un long-métrage qui met également en vedette Françoise Fabian, Michel Constantin et Gianni Garko, à voir, ou revoir, sur Arte lundi 4 octobre, et qui est considéré aujourd’hui comme culte, notamment à cause de la polémique qui a entouré sa sortie. Car à l’époque, le ministre de l’intérieur Raymond Marcellin a tenté d’en obtenir l’interdiction totale.

Avant même le tournage, le long-métrage d’Yves Boisset avait déjà été soumis à une pré-censure sur scénario, qui a obtenu que le titre initial, Le Condé, soit changé en Un condé. Après quoi, il a été déposé au Centre national du cinéma et de l’image animée avec un visa de censure, puis visualisé en sous-commission par le ministre de l’Intérieur qui y voit "un violent réquisitoire contre la police". Renvoyé en séance plénière, le film est menacé alors d’une interdiction totale, et fera l’objet d’un débat de plusieurs jours entre les 27 membres du CNC, dont certains membres s’inquiètent des retombées d’une censure, tandis que Mai 68 et ses événements traumatisants demeurent dans les esprits. Le film est finalement autorisé avec une majorité de deux voix, mais est toutefois soumis à un avis pour interdiction aux moins de 13 ans, et ce sans aucune coupure.

Des scènes du film ont-elles été coupées à sa sortie ?

Cependant, la partie n’est alors pas complètement gagnée pour Yves Boisset, tandis que les pressions du ministère de l’Intérieur demeurent pour obtenir une coupe du film. Une demande refusée par le réalisateur, qui estime que celles-ci rendraient le film totalement incompréhensible et inexploitable. Commencent alors de longues négociations en coulisses à propos du film entre différents ministères. Après suppression de quelques dialogues, et la scène de l’interrogatoire retournée, Un condé est finalement autorisé et sort en salles en octobre 1970. Soutenu par la presse, le film rencontrera à sa sortie un grand succès public, et ce notamment grâce à la publicité faite autour de la censure. Un mal pour un bien finalement, toutefois au prix de quelques sacrifices.

Source: Lire L’Article Complet