Yves Rénier : pour La Traque, "j’ai fait très attention aux victimes et à leurs proches"

Dans La Traque, diffusé sur TF1 lundi 15 mars à 21 h 05, le réalisateur retrace l’arrestation du couple Monique et Michel Fourniret, incarnés par Isabelle Gélinas et Philippe Torreton. Et tente de comprendre l’incompréhensible.

Quand on mène un tel projet, par quoi commence-t-on ?

Yves Rénier : On se demande d’abord si les personnages sont suffisamment intrigants. En l’occurrence, ici, qu’est-ce qui fait qu’une mère et un père de famille se transforment en tueurs d’enfants dans des jeux sexuels invraisemblables ? Il n’y a pas de couples comme ça en Europe. C’est la première fois que l’on voit un homme et une femme à la fois diaboliques et complètement enfantins dans leur relation amoureuse. J’espère que le film marquera les esprits. En tout cas, il a marqué le mien.

Sans pour autant l’imiter, Philippe Torreton est troublant de ressemblance avec Michel Fourniret. Comment avez-vous travaillé ?

Torreton passait tous les jours deux à trois heures au maquillage pour se faire poser un faux nez et quelques grains de beauté. Au départ, je n’étais pas vraiment pour mais Philippe est quelqu’un d’extrêmement précis et exigeant. C’était ça ou il ne faisait pas le film. Je l’en remercie car sa performance est admirable. Quant à Isabelle Gélinas (Monique Fourniret), je l’ai choisie pour ce côté populaire qui me plaisait bien. Peu de comédiennes acceptent d’endosser un tel rôle. Beaucoup avaient refusé .

Quelles précautions avez-vous dû prendre par rapport aux victimes ?

J’ai fait très attention à elles et à leurs proches. Il ne fallait en aucun cas que l’on puisse les identifier.

Avez-vous prévenu les familles ?

Ça, ce n’est pas de mon ressort. Moi, j’ai réalisé un film et fait en sorte de ne pas heurter ou manquer de respect aux victimes et à leurs familles. Les enquêteurs aussi sont fictifs car selon Harold Cobert, auteur de La Mésange et l’Ogresse – livre qui nous a inspirés -, le policier belge tenait à ce que nous ne nous servions pas de son nom. Nous avons donc essayé d’être au plus proches de la réalité sans que cela porte préjudice à qui que ce soit.

Michel Fourniret a été mis en examen mais pas encore jugé pour d’autres crimes, notamment le meurtre d’Estelle Mouzin. En quoi cela a-t-il influencé l’écriture du film ?

Les crimes que vous évoquez sont postérieurs à notre histoire. Michel et Monique Fourniret ont été jugés une première fois et condamnés à la perpétuité incompressible pour lui et assortie d’une période de sûreté de vingt-huit ans pour elle. Concernant Estelle Mouzin, je crains malheureusement que l’on ne connaisse jamais la vérité. Michel Fourniret n’est pas très en forme ; il pourrait partir avant d’avoir délivré son secret. C’est un psychopathe qui n’éprouve aucun sentiment pour ses victimes.

Qu’est-ce qui vous passionne autant dans les affaires criminelles ?

Pour moi, elles sont le reflet de notre société. Elles nous interrogent sur notre propre potentiel à passer à l’acte. L’inquiétant, c’est qu’il y a pas mal de gens proches de la bascule. Concernant La Traque, j’y vois aussi un aspect pédagogique, une mise en garde qui est aussi destinée aux parents : "Faites gaffe !" Les victimes de Fourniret avaient entre 8 et 28 ans.

Travaillez-vous sur d’autres projets ?

Je bosse sur Le Dernier Été pour France 2, une fiction inspirée de l’histoire vraie d’une femme atteinte de la maladie de Charcot qui rencontre un homme plus jeune qu’elle et qui est victime du même mal. J’aimerais tourner avec Mathilde Seigner.

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